Les enfants face au tout-numérique !

Les écrans occupent une place de plus en plus importante dans la vie quotidienne, particulièrement dans celle des enfants. Bien utilisés, ils constituent des outils de connaissance et d’ouverture sur le monde. Mais, au fil du temps, on a pu constater que le numérique génère aussi des effets délétères qui suscitent des inquiétudes.

 

Le rapport « L’enfant et les écrans » publié en 2013 par l’Académie des sciences, qui se penchait sur les bienfaits et les inconvénients des écrans, se trouve aujourd’hui complété par de nouvelles réflexions émanant cette fois de trois académies (Académie nationale de médecine, Académie des sciences, Académie des technologies) pour faire le point sur la situation actuelle.

Les Académies ont soulevé l’importante question de savoir si l’utilisation excessive des écrans pouvait engendrer une véritable addiction comportementale, en notant toutefois que cette notion est à aborder avec précaution car elle répond à une définition médicale précise, réservée à des pathologies lourdes. Ainsi, elles ont souligné que, chez l’enfant et l’adolescent, en raison de la diversité des contextes psychologiques et des situations individuelles, on sous-estime généralement le rôle des vulnérabilités sociales qui interfèrent de façon majeure dans le rapport aux écrans, en raison de leur mauvais usage.

 

Notamment, il est observé chez certains jeunes enfants (âgés de moins de 3 ans) une surexposition importante aux écrans, véritable mésusage en termes de temps consacré. D’un usage récréatif à un usage utilitaire, on passe à un usage à visée exclusivement « calmante », proposé puis maintenu par les parents. Le retentissement sur le développement psychomoteur et relationnel du jeune enfant, ainsi que sur ses capacités d’apprentissage, pose question.

 

Chez l'enfant plus âgé, plus particulièrement chez l’adolescent, le problème est tout

autant celui du contenu que celui de la quantité. En particulier, la facilité d’accès à des

scènes violentes ou pornographiques constitue un danger. On peut s’interroger aussi sur la violence véhiculée par des jeux vidéo, et l’absence de frontière entre les jeux de casino et certains jeux vidéo.

 

Sur le plan médical, les Académies notent des effets délétères chez l’enfant et l’adolescent liés aux conséquences de l’utilisation tardive ou nocturne des écrans, dont la lumière, en particulier la composante bleue, accroît la vigilance en inhibant la sécrétion de mélatonine, hormone clé de l’endormissement. Ici encore, le rôle des parents est capital pour réguler le temps d’écran le soir. D’autre part, l’éventuelle toxicité pour la rétine de la lumière diffusée par les écrans doit être prise en considération, même si les études n’apportent pour l’instant pas de conclusion significative.

 

Recommandations à destination des parents

Préalablement, il faut que les parents s’emploient à un usage raisonné de leurs propres outils numériques.

Avant 3 ans : Ne pas mettre à la disposition des enfants laissés seuls les écrans sous toutes leurs formes, et surtout ceux dont les enfants peuvent eux-mêmes contrôler l'usage (tablettes, portables). Seul un usage accompagné, récréatif, est encouragé avec modération et prudence.

De 3 à 10 ans : Il est important de fixer un temps ritualisé dédié aux écrans afin d’apprendre à l’enfant à attendre (ce qui constitue le premier moment de l’apprentissage de l’autorégulation), de préférer les écrans partagés et accompagnés aux écrans solitaires, de parler avec l’enfant de ce qu’il voit et fait avec les écrans. L’achat d’outils numériques familiaux devrait être la règle. Une attention particulière doit être portée à l’utilisation des écrans le soir avant le coucher.

Après 10 ans : Il importe que les parents maintiennent un dialogue positif sur l’utilisation des écrans et restent attentifs aux symptômes de fatigue liés aux troubles du sommeil, aux signes d’isolement pouvant conduire à un repli sur soi et à un fléchissement des résultats scolaires.

 

Outre les parents, les trois Académies se tournent vers le corps enseignant, les pouvoirs publics, les institutions de recherche et les éditeurs de produits numériques… afin que tous demeurions attentifs aux problèmes posés par l’évolution vers un « 100 % numérique » et capables d’en mesurer les conséquences auprès des plus vulnérables. La vigilance est nécessaire, rappellent-elles, en ce qui concerne la violence, la désinformation, le harcèlement et le prosélytisme sur les réseaux sociaux. Également face aux compétitions de « e-sport », qui devraient être interdites aux enfants dont l’âge est inférieur à l’âge préconisé pour les jeux utilisés dans les compétitions.